Bernard GANTNER
Le Territoire de Belfort, aux confins de la Franche-Comté et de l'Alsace, a su extraire depuis toujours l'essence de ces deux civilisations trés différentes et en affirmer peu à peu les caractères dans un univers unique.
S'il est des peintres héritiers d'une région, Bernard Gantner, enfant de cette province, serait le dépositaire artistique de son pays. Il saurait décripter maints détails invisibles chez le néophyte car c'est le vécu, l'écoute, le temps, la tradition et l'histoire qui offrent certains messages à quelques rares récepteurs.
L'odeur des humidités d'un sous- bois , le silence pathétique des champs enneigés, les vents, les broussailles emmêlées de barbelés dont les échos en nous se prolongent
Humble devant le spectacle naturel, Gantner n'a de cesse de renouveler quotidiennement la riche plénitude des atmosphéres, celles qui interpellent les états d'âme.
Inquiet et humoriste, l'énergie du peintre est présente tant dans ses paysages que dans son regard. Ses outils indispensables, ses yeux scrutent inlassablement et le symbole de la couleur le préoccupe.
La nature est la déesse puissante, les arbres peuplent son univers et guident les visiteurs dans les méandres de l'abstraction, par le figuratif?... Expressioniste du rêve, Bernard Gantner nous éclabousse de cette nature devenue esclave de cette émotion visuelle.
Cette initiation, il l'a reçue de son grand-père, instituteur né à Bourogne, puis instituteur à Grandvillars. C'est lui qui, le premier, l'éveillera au discernement, à l'observation. Il détectera très tôt chez son petit-fils son talent pour le dessin et le présentera au peintre Léon Delarbre à l'âge de 8 ans. Conservateur d'alors au Musée de Belfort , il lui enseignera le travail d'atelier
En 1951, il rencontre sa première épouse qui est étudiante, peintre, musicienne , dont il aura trois enfants. Jusqu'en 1958, il vend difficelement età des prix dérisoires ses peintures (diverses fleurs, intérieurs, natures mortes,personnages,jardins).
De 1958 à 1962 , ce sera la période des gares et des usines. Précisions : Bernard Gantner vivait rue Goerich à Belfort, coincé entre l'Asthom et la gare. A cette période, il illustrera six contes de Maupassant ( les bibliophiles de l'Est 1958, 20 lithographies en noir ) qui lui permettront d'être connu et amélioreront sa situation matérielle. A trente ans, dit-il , c'était plutôt la sardine à l'huile qui me conservait que les restaurants 5 étoiles.
En 1958, exposition à Paris, Claude Roger Marx remarque Bernard Gantner , il lui consacre deux colonnes dans le Figaro littéraire, Claude, fils de Monsieur Marx, conservateur des monuments historiques et révélateur de Lautrec, Cezane, Monnet, Matisse ,ne cessera de soutenir Bernard Gantner.
Première exposition à l'âge de 21 ans à la galerie Gougloff.. Puis c'est la galerie St Placide en 1961 qu'il obtient le prix de la critique.
J'ai commencé à avoir ma véritable personnalité de peintre à 30 ans. Il exposera ensuite à la Galerie Guiot, En 1962 , 1964 , 1966 , 1968 , 1970 ,il signera un contrat avec Vision nouvelle pour la création de 300 lithographies qu'il exposera au Japon , Etats-Unis ,Canada. Il sera considéré comme l'un des maîtres contemporains du procédé lithographique en imposant la maîtrise de la lumière et la souplesse de son tracé.
Agé de 82 ans, il dessine et peint depuis l'âge de 6 ans : "Ceci est un besoin vital aussi nécessaire que celui de prendre mes repas " C'est l'explication de son oeuvre comprenant une production de 80 huiles par an depuis 42 ans, ce qui équivaut à 3300 pièces, 700 aquarelles, 500 lithographies, 100 eaux fortes et 11 livres. |